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Bioplastique: vraie innovation ou fausse bonne idée?

Bioplastique? De quoi parle-t-on?

Le terme bioplastique est un terme générique qui recouvre deux réalités distinctes:

  • Les plastiques biodégradables sont définis par une norme européenne (EN 13432) qui indique notamment que le matériau doit être transformé à 90% en humus en six mois lorsqu’il est placé dans des conditions de compostage industriel. En savoir plus
  • Les plastiques biosourcés  sont produits à partir de biomasse (maïs, blé, betterave, petits pois…) plutôt qu’à partir de ressources fossiles (pétrole). Cela n’implique pas forcément qu’ils soit entièrement biosourcé, il peut ne l’être qu’en partie (par exemple 30%). Cela ne signifie pas non plus qu’il est forcément biodégradable et encore moins issus de l’agriculture bio.

Un plastique biodégradable n’est donc pas forcément biosourcé et un plastique biosourcé n’est pas forcément biodégradable! Il est, en outre, interdit d’étiqueter un plastique comme biodégradable, même s’il l’est. Les autorités veulent ainsi éviter que cette mention n’incite des personnes à jeter ces plastiques n’importe où sous prétexte qu’ils vont se dégrader. Surtout que cette dégradation naturelle n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît.

Quel est l’objectif?

Si vous avez l’habitude de nous lire, vous devinez ce que l’on va vous dire: hé oui, le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas! Surconsommer du plastique en toute bonne conscience sous prétexte qu’il se dit « bio » n’est en rien une solution durable.

Ce sont avant tout nos modes de consommation qui doivent être profondément modifiés et la démarche Zéro Déchet a tout son sens pour y arriver: évitons au maximum les produits jetables à usage unique, qu’ils soient en plastique bio ou pas, et privilégions des alternatives durables et réutilisables. Rappelons aussi que la démarche ZD ne concerne pas que les consommateurs. Les producteurs ont aussi leur responsabilité pour améliorer les produits mis sur le marché. N’oublions pas non plus le rôle de nos politiques pour avancer en ce sens.

Ce n’est qu’en s’inscrivant dans une telle démarche que les bioplastiques peuvent ensuite avoir leur place et leur sens. Les technologies évoluent, de même que la cadre règlementaire, l’idée n’est donc pas d’exclure d’office le bioplastique mais d’être attentifs:

  • Pour les plastiques biosourcés, s’assurer que les ressources en question soient issues de pratiques agricoles responsables et durables. Cela n’a aucun intérêt environnemental ou social de produire de la biomasse à l’autre bout de la planète, à grand renfort de pesticides et d’ouvriers surexploités, juste pour donner bonne conscience à la surconsommation à coups de greenwashing. Idéalement, il faut aussi s’assurer de la biodégradabilité de ces bioplastiques.
  • Pour les plastiques biodégradables, des normes de biodégradabilité qui soient plus proches des conditions réelles seraient souhaitables. En effet, beaucoup de celles-ci sont basées sur des essais de laboratoire, dans des conditions précises de température, humidité… qui sont très rarement rencontrées dans la réalité, que cela soit dans votre compost domestique, dans des installations de compostage industriel ou, à fortiori, dans la nature.
  • Pour le bioplastique en général, il faut aussi résoudre la question du tri. Rien ne ressemble plus à du plastique que du bioplastique! Du coup, les installations de tri et traitement n’ont pas forcément la possibilité technique de faire la différence et les bioplastiques sont alors traités comme des résidus de tri, en UVE.

A ces conditions, les bioplastiques peuvent participer aux solutions pour un avenir plus durable, mais ne constituent pas une panacée à eux seuls.

« Mais, dans ma commune, les déchets organiques sont collectés en sac plastique biodégradable! »

C’est vrai. Dans toute une série de communes, les déchets organiques sont collectés dans des sacs en bioplastique. Ceux-ci sont biosourcés, biodégradables et fabriqués en Belgique à partir de maïs européens issus de l’agriculture raisonnée. Ils répondent également à la norme TUV Austria « ok compost ».

Enfin, notez que les déchets organiques sont dirigés dans des installations de biométhanisation où les sacs biodégradables sont d’abord éventrés. Le sac est donc séparé des déchets et traité comme un résidu. Les quelques morceaux restant dans le flux passent ensuite avec les déchets organiques dans le digesteur qui va les décomposer et produire du méthane qui servira à produire de l’électricité. Le processus génère également un digestat qui est ensuite composté avec des déchets verts, traitement qui permet de dégrader les petits morceaux de bioplastique restant. Dans ces conditions et avec des sacs de composition parfaitement maîtrisée, le sac de collecte ne pose pas de problème. Pour en savoir plus, consultez notre article sur la biométhanisation.

Nos déchets organiques comme matière première pour fabriquer des bioplastiques

Ironiquement, nos déchets organiques pourraient eux-mêmes devenir une ressource pour fabriquer des bioplastiques! C’est en tout cas ce qu’espèrent l’intercommunale IDELUX et les 20 partenaires (PME, industries et centres de recherches et développement technique) issus de 9 pays qui participent au projet de recherches VOLATILE. Ce projet, financé par l’Europe, a pour objectif de récupérer des composés appelés acides gras volatiles (AGV) dans nos déchets organiques pour les transformer en de nouvelles matières grâce à des micro-organismes.

Le principe? Isoler les acides gras volatiles produits lors de la biométhanisation et les donner à manger à des bactéries, des levures ou des microalgues spécifiques qui les transforment en de nouveaux bioproduits. Explication en vidéo.

En conclusion

Finalement, bien ou mal le bioplastique? Vous l’aurez compris, la réponse n’est pas si simple que ça. Les bioplastiques peuvent, à certaines conditions, participer à une économie plus circulaire, mais ne doivent nous faire perdre de vue l’objectif principal: réduire les déchets en consommant moins et mieux.