Dossier - 25 avril 2019

Gestion des déchets, qui fait quoi?

Sommaire

De la prévention au traitement en passant par la collecte et le tri, découvrez les métiers des Intercommunales wallonnes de gestion des déchets.

Déchets ménagers, qui fait quoi ?

En Europe, les principes généraux de la gestion des déchets sont définis à travers la Directive cadre 2008/98/CE, largement basée sur l’échelle de Lansink qui établit une hiérarchisation des modes de traitement des déchets.

Les obligations européennes de cette directive sont traduites dans la législation de chaque pays membres. En Belgique, ce sont les régions qui sont compétentes et qui définissent donc le cadre légal régional.
La mise en œuvre effective de cette gestion sur le terrain, selon le cadre et les limites législatives données, est à charge des communes. Dans un souci d’économie d’échelle et de rationalisation du système, les communes se sont regroupées en Intercommunales en charge de l’exécution des opérations sur tous les territoires des communes membres. 7 Intercommunales assurent ce service à l’échelle de la Wallonie.

Les métiers des Intercommunales

En pratique, il existe donc certaines variabilités locales dans l’organisation de la gestion des déchets ménagers, mais toutes les Intercommunales partagent les mêmes cœurs de métiers que l’on peut résumer en 4 volets:

1. Prévention

Un déchet qui n’existe pas n’aura pas d’impact sur l’environnement (ni sur le portefeuille)!
Plus que le respect de la législation, c’est une question de bon sens. Mais c’est aussi le plus difficile car cela touche directement à nos habitudes de vie et de consommation. Le changement de comportement, dans tous les domaines, est un travail de longue haleine.
Les Intercommunales mènent ainsi une grande variété d’actions de prévention : conseils, astuces, ateliers, animations… tant vers le grand public, qu’à l’attention des communes, des écoles, etc. Le tout en cherchant à créer du lien entre les citoyens, les mandataires, les commerces… Petit tour d’horizon en images

Les exemples cités dans la vidéo ne sont qu’un petit échantillon des actions mises en place par les ICs depuis de longues années dans le domaine de la prévention. Plus récemment, le développement de la conscience environnementale dans la population et l’apparition d’initiatives citoyennes touchant aux déchets n’ont évidemment pas manqué d’attirer l’attention des Ics. Voir des citoyens s’emparer de la thématique et agir pour réduire leurs déchets, c’est une opportunité à ne pas manquer. Il y a 10 ans, il fallait des trésors d’énergie et de persévérance pour inciter les particuliers à faire de la prévention, maintenant il faut parfois courir pour les suivre !

2. Collecte

Ou plutôt collecteS au pluriel vu la diversité des services proposés en la matière. Il faut distinguer les collectes en porte-à-porte sélectives (PMC, papiers-cartons, organiques) et les collectes en porte-à-porte non-sélectives (Ordures Résiduelles, c’est-à-dire ce qui reste quand on a fini de trier).

Séparer les flux à la source avec des collectes spécifiques permet de traiter les matières collectées selon le mode de traitement le mieux adapté au niveau environnemental tout en étant financièrement soutenable.

Les Intercommunales gèrent également des points d’apport volontaires :

  • Les recyparcs, outils centraux de la gestion des déchets en Wallonie;
  • Les sites des bulles à verres;
  • Des bulles à textiles, gérées par des acteurs de l’économie sociale (reconnaissables au label Solid’R) ou du secteur privé.

Ajoutons à cela le développement de systèmes de collectes à la demande, notamment en vue de la réutilisation. Ces collectes sont organisées par des acteurs de l’économie sociale (ressourceries et autres membres du réseau ressources notamment) ou par des Intercommunales en collaboration avec des CPAS… Les objets collectés sont souvent des encombrants, du mobilier, des déchets d’équipements électriques et électroniques, des livres, bibelots…

3. Tri

Une fois collectés, les déchets préalablement triés par le citoyen sont pris en charge dans des centres de tri qui séparent les matières et assurent le suivi avec les filières de recyclage. Les PMC, par exemple, sont traités dans 3 centres de tri wallons:

Voici un exemple, en vidéo, du principe de fonctionnement d’une chaîne de tri PMC avec la présentation de Valtris.

4. Traitement

Dernière étape, le traitement des déchets collectés. En fonction du type de déchet, plusieurs solutions sont envisageables:

Réparer et réutiliser

La réutilisation consiste à récupérer un objet, avec ou sans réparation préalable, pour lui donner une seconde vie. Cette seconde vie peut être:

  • Identique à la première : c’est le cas d’un électroménager que l’on répare pour le remettre en service en seconde main dans sa fonction initiale, comme le fait la coopérative Sofie. On parle alors plutôt de réemploi;
  • Différente de la première. Exemple: la récupération de bois issus des collectes en ressourcerie pour la création de meubles comme le fait « la Fabrik« » de la Ressourcerie namuroise.

Ces activités sont majoritairement exercées par des opérateurs d’économie sociale, membres du réseau ressources, en collaboration ou pas avec les Intercommunales de Gestion des Déchets.

Le recyclage

Le terme « recyclage » recouvre toute une série de procédés permettant de transformer des déchets en ressources pour la fabrication de nouveaux objets. Ces ressources peuvent être utilisées pour la même fonction que le déchet dont il est issu (comme le papier ou le verre) ou pour une autre (utilisation du métal des cannettes à boisson pour la fabrication de vélos).
Les opérateurs de recyclage sont essentiellement des acteurs privés. Au niveau des Intercommunales, elles exploitent en propre ou en collaboration avec le privé des centres de recyclage de déchets inertes (AIVE et Ipalle, en partenariat publics-privé).

La valorisation

La valorisation va, quant à elle, donner un usage tout différent de sa fonction initiale au déchet. Là aussi les procédés sont divers mais relevons notamment :

  • Le compostage industriel qui valorise les déchets verts collectés dans les recyparcs pour la production de compost, utilisé en agriculture ou vendu aux particuliers.
  • La biométhanisation qui valorise les déchets issus de la collecte sélective des organiques pour produire à la fois de l’énergie et du compost. Actuellement, il y a deux installations de biométhanisation gérées par des Intercommunales :
    • L’unité de Tenneville (AIVE)
    • L’unité de Herstal (Intradel)

La valorisation énergétique consiste à récupérer le pouvoir calorifique des déchets non recyclables en les brûlant et en récupérant cette énergie sous forme de chaleur ou d’électricité. L’énergie produite peut être utilisée :

  • Pour alimenter un réseau de chaleur urbain ou des industries avoisinantes;
  • Pour produire de l’électricité.

La valorisation énergétique des déchets est un levier important de la transition énergétique impliquant la mobilisation de toutes les sources d’énergie alternatives. Elle permet donc de limiter d’autant le recours à d’autres ressources d’origine fossiles. D’autre part, elle constitue une alternative à l’enfouissement en CET.

En Wallonie, 4 unités de valorisation énergétique (UVE), toutes certifiés EMAS, sont gérées par les Intercommunales, en propre ou en collaboration avec le privé:

 

Centre de valorisation des déchets de Thumaide (Ipalle)

  • Capacité d’incinération maximale : 400 000 t/an
  • Production énergétique : 290 millions de kWh, soit la consommation annuelle d’environ 67 000 ménages.
  • Certification : EMAS

Uvelia (Intradel)

  • Capacité d’incinération maximale : 400 000 t/an
  • Production énergétique : 240 millions de kWh, soit la consommation annuelle d’environ 55 000 ménages.
  • Certification : EMAS

Pont-de-Loup (Tibi)

  • Capacité d’incinération maximale : 110 000 t/an
  • Production énergétique : 26 millions de kWh, soit la consommation annuelle d’environ 6000 ménages
  • Certification : EMAS

Virginal (in BW)

  • Capacité d’incinération maximale : 116 000 t/an
  • Production énergétique : 22 millions de kWh, soit la consommation annuelle d’environ 5000 ménages
  • Certification : EMAS

A l’échelle nationale, plus de 98% des tonnages de déchets entrant en incinération font l’objet d’une valorisation énergétique.

En savoir plus sur la valorisation énergétique.

L’élimination

La mise en centre d’enfouissement technique ne concerne que les déchets ultimes (moins de 2% du tonnage total de déchets), c’est-à-dire ceux dont les caractéristiques ne permettent pas d’envisager le recyclage ou la valorisation énergétique. Les Intercommunales ne gèrent plus que 2 CET encore en exploitation:

Ces sites font l’objet de mesures strictes de surveillance et de suivi des impacts, sous le contrôle des autorités régionales.

Les Belges, bons élèves européens !

Au regard des objectifs européens, la Belgique occupe le haut du classement aux côtés de l’Allemagne et des Pays-Bas. En effet, nous sommes à 54% de taux de réutilisation/recyclage en 2016 là où l’Europe prévoit un objectif de 55% pour 2025. Avec notre petit pourcent de mise en décharge, nous sommes déjà largement « dans les clous » par rapport à l’objectif de moins de 10% prévu pour 2035.

Évidemment, ces bonnes performances n’empêchent pas de s’améliorer encore, mais on peut bien s’octroyer un peu de fierté, ça motive!

Et l’économie circulaire dans tout ça ?

L’Europe met progressivement en œuvre toute une série de mesures visant à passer d’un modèle de consommation linéaire (produire-consommer-jeter) vers un modèle circulaire où les produits et les matières conservent leur valeur le plus longtemps possible. Les déchets et l’utilisation des ressources sont réduits au minimum et, lorsqu’un produit arrive en fin de vie, les ressources qui le composent sont maintenues dans le cycle économique afin d’être utilisées encore et encore pour recréer de la valeur.

Mais, si on doit produire du déchet pour faire tourner l’économie circulaire, n’est-ce pas contradictoire de prôner le zéro déchet et la prévention ? En voilà une bonne question, pour en parler, c’est par ici!

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